Prévenir le diabète de grossesse

Périnatalité

Le rôle clé de l’alimentation et de l’activité physique dans la prévention du diabète de grossesse

Au cours de la grossesse, d’importants changements anatomiques, physiologiques et biochimiques se produisent pour assurer son bon déroulement. Le maintien d’un équilibre entre les hormones de la grossesse et la santé métabolique maternelle est essentiel. Lorsque cet équilibre est perturbé, des troubles métaboliques peuvent survenir, notamment le diabète de grossesse, aussi appelé diabète gestationnel. 

Selon la Fédération Internationale du Diabète, le diabète de grossesse toucherait environ 14% de toutes les grossesses, une prévalence qui a triplé en 25 ans.

S’il n’est pas traité de manière appropriée, il peut mener à des complications comme la prééclampsie et un risque accru de césarienne. Sans soins préventifs, près de la moitié des femmes atteintes de diabète gestationnel développeront un diabète de type 2.

Pour le bébé, les risques incluent la macrosomie, des traumatismes à la naissance tels que la dystocie des épaules, l’hypoglycémie, ainsi qu’une augmentation de la morbidité et de la mortalité périnatales.

Ces enjeux soulignent l’importance d’une gestion adéquate de la santé maternelle pendant la grossesse.

Découvrez comment l’alimentation et l’activité physique peuvent prévenir le diabète de grossesse et améliorer la santé maternelle et fœtale.

L’importance de la physiologie hormonale

Le diabète gestationnel se définit par une hyperglycémie apparue au cours de la grossesse chez une femme sans diabète sucré connu antérieurement. Il peut néanmoins être révélateur d’un diabète antérieur non diagnostiqué.

Il faut savoir que pour toute grossesse, il y a une diminution normale de la sensibilité à l’insuline. L’objectif métabolique de la résistance à l’insuline par l’organisme est d’augmenter légèrement la glycémie afin de s’assurer qu’un surplus de glucose soit disponible pour le fœtus. Chez une femme enceinte en bonne santé, le pancréas compensera cette augmentation de glucose sanguin en augmentant la sécrétion d’insuline. Cependant, si cette production devient insuffisante, une hyperglycémie s’installe, conduisant au développement du diabète de grossesse.

Les mécanismes responsables de la diminution de la sensibilité à l’insuline apparaissent généralement entre la 20ᵉ et la 24ᵉ semaine de grossesse, puis s’accentuent à mesure que la production hormonale du placenta augmente. Le placenta joue un rôle central : ses hormones, dont l’œstrogène, le cortisol et l’hormone lactogène placentaire (HPL), réduisent la sensibilité à l’insuline.

D’autres marqueurs métaboliques comme les adipokines (leptine, adiponectine), les cytokines inflammatoires (TNF-α, IL-6) et les transporteurs du glucose (GLUT) sont aussi impliqués dans cette perte de sensibilité à l’insuline.

Toutefois, la compréhension de ces nombreux changements au cours de la grossesse n’expliquent pas pourquoi la prévalence du diabète gestationnel connaît une augmentation si importante en peu de temps.

Facteurs de risque

Le diabète de grossesse  n’a pas de cause unique, mais plusieurs facteurs de risque ont été identifiés :

  • Âge de la mère: 35 ans et plus (le risque double après 35 ans).
  • Antécédents familiaux ou personnels: diabète de type 2, diabète gestationnel antérieur, ou accouchement d’un bébé de plus de 4 kg.
  • Poids: IMC ≥ 30 kg/m², obésité préexistante, prise de poids excessive durant la grossesse.
  • Origine ethnique: autochtone, africaine, arabe, asiatique, hispanique ou sud-asiatique.
  • Conditions médicales: SOPK, acanthosis nigricans, grossesse multiple.
  • Médicaments: corticostéroïdes comme la prednisone ou la cortisone.
  • La sédentarité et le type d’alimentation.

L’âge maternel et l’obésité : deux leviers majeurs

L’âge moyen à la première grossesse est aujourd’hui d’environ 27–30 ans, contre 22–26 ans dans les années 1960. Le nombre de mères de plus de 35 ans a doublé en 20 ans, ce qui contribue directement à l’augmentation du diabète de grossesse.

L’obésité est également un facteur clé : en 2021, un Canadien sur trois était obèse, comparativement à un sur cinq en 2003. Chez les femmes, la proportion a doublé. L’obésité entraîne une production accrue de cytokines pro-inflammatoires, favorisant la résistance à l’insuline. Elle s’accompagne aussi d’une élévation des leptines et d’une diminution de l’adiponectine, diminuant la sensibilité à l’insuline.

Prévenir le diabète gestationnel par les habitudes de vie

Des études montrent que les habitudes de vie peuvent modifier profondément le risque de diabète de grossesse. Selon plusieurs analyses, entre 47 % et 85 % des cas de diabète de grossesse pourraient être évités grâce à une meilleure alimentation et à la pratique régulière d’activité physique. Nous verrons dans cet article l’impact de l’alimentation et de l’activité physique sur le développement du diabète gestationnel.

Quelle alimentation pour prévenir le diabète de grossesse ?

Les études ne s’accordent pas sur une diète unique, mais deux modèles ressortent comme les plus efficaces : la diète méditerranéenne (MedDiet) et la diète à faible indice glycémique 

Diète méditerranéenne (MedDiet)

Riche en légumes, en légumes à feuille vertes, en fruits, en poissons, en huile d’olive extra-vierge et en noix, la diète méditerranéen s’avère protectrice contre le diabète de grossesse. L’étude de prévention San-Carlos (2017) a montré une réduction de sa prévalence de 17, 1 à 23,4%. Les femmes du groupe d’intervention ont aussi eu :

  • moins besoin d’insuline,
  • une prise de poids moindre,
  • moins de prééclampsie et d’infections urinaires,
  • moins de césariennes et de bébés macrosomes.

Une méta-analyse publiée en 2024, basée sur plus de 10 études, confirme une baisse significative du risque de diabète de grossesse, de prématurité et d’infections urinaires chez les femmes suivant la MedDiet, si appliquée avec constance.

Diète DASH

Initialement conçue pour abaisser la tension artérielle, cette diète est riche en fruits, légumes, produits laitiers faibles en gras et grains entiers. Elle réduit de 20 % le risque de diabète de type 2 et améliore la sensibilité à l’insuline.

Une étude clinique publiée en 2014 a montré que seulement 23 % des femmes suivant la diète DASH ont eu recours à l’insuline, contre 73 % dans le groupe témoin.

La Nurses’ Health Study II (NHS II)

Plusieurs facteurs de risque modifiables du diabète gestationnel ont été rapportés dans la NHS II, et la plupart d’entre eux étaient similaires aux facteurs de risque du diabète de type 2.

Une activité physique régulière avant la grossesse était associée à un risque plus faible de diabète gestationnel.

Au niveau alimentaire, les mauvaises habitudes avant la grossesse étaient associées à un risque plus élevé. Cette étude a mis en évidence que les régimes riches en aliments à IG élevé, produits raffinés, viandes transformées, boissons sucrées et pommes de terre augmentent le risque. À l’inverse, une alimentation riche en fruits, légumes verts, volaille et poisson réduit ce risque.

L’activité physique, un outil de prévention

Nous savons que le fait de bouger augmente la captation du glucose par nos muscles, réduisant la glycémie et améliorant la sensibilité à l’insuline. Ces effets bénéfiques se maintiennent environ 24 à 48 heures après l’effort.

Mais qu’en est-il en situation de grossesse? 

Deux méta-analyses (2018, 2019) ont conclu qu’un programme d’activité physique adapté diminue le risque d’environ 25 %.

Chez les femmes enceintes qui ont développé un diabète de grossesse, ajouter le sport à la prise en charge classique améliore l’évolution de la situation. Il limite la prise de poids maternel pendant la grossesse (facteur de risque pour le diabète de grossesse), le risque de naissance prématurée et de macrosomie.

Pour ce faire, l’exercice devrait être pratiqué :

  • 150 minutes/semaine d’activité modérée;
  • 3 à 4 séances hebdomadaires;
  • intégrer 2 séances de renforcement musculaire. Les exercices de résistance musculaire (ex.: poids du corps, bandes élastiques, haltères légers) offrent un effet glycémique supérieur à la marche seule.

À la lumière de ces résultats d’études, il semble clair que l’alimentation et l’activité physique peuvent jouer un rôle important dans la prévention du diabète de grossesse. En effet, En revanche, la sédentarité demeure un problème : en 2021, 37 % des Québécoises âgées de 15 à 64 ans étaient considérées sédentaires.

Nouvelles données cliniques  (février 2025)

De nouvelles données cliniques publiées en 2025 confirment l’impact majeur de l’alimentation et de l’exercice physique sur le diabète de grossesse.

Une étude prospective menée auprès de 200 femmes atteintes de diabète de grossesse a évalué l’effet combiné d’un régime méditerranéen et d’une activité physique régulière.

Les résultats ont démontré:

  • 83 % d’accouchements vaginaux (vs 44 % dans le groupe témoin);
  • 15 % de détresse fœtale (vs 45 %);
  • 7 % d’hémorragies post-partum (vs 45 %);
  • meilleure intégrité des membranes amniotiques et travail plus efficace.

Ces données renforcent l’idée qu’une intervention sur le mode de vie, amorcée tôt, influence non seulement la glycémie, mais aussi la qualité de l’accouchement et la santé périnatale globale.

Conclusion

Le diabète gestationnel est malheureusement l’une des complications les plus courantes durant la grossesse. La prévention repose sur la promotion d’un mode de vie métaboliquement sain, idéalement amorcé avant la conception. 

Les études sont claires:  la pratique de l’activité physique adaptée et régulière jumelée à une alimentation de type méditerranéen, riche en végétaux, en fibres et bons gras, et pauvre en produits raffinés, en aliments hypertransformés et en sucres ajoutés, contribue à maintenir une bonne régulation de la glycémie et à réduire le risque de diabète gestationnel.

En somme, le diabète de grossesse peut être anticipé, atténué, voire évité, grâce à une approche intégrative centrée sur la physiologie et la prévention.

Nathalie Beringhs, naturopathe agréée et conférencière

Nathalie Béringhs, ND.A.

Naturopathe agréée et conférencière, je vous aide à faire le lien entre vos habitudes de vie et votre état de santé, en consultation comme en conférence.

Laissez-vous guider vers un meilleur équilibre!

Recherche par mot-clé